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"D'un fil si fin, on tire un grand ouvrage" (Devise DMC)

Thérèse de Dillmont : la passion d'une vie

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

DMC ou 250 ans d’histoire industrielle


Depuis la nuit des temps, l’activité du tissage, du cardage, de la broderie et du filage a été l’apanage des femmes, bien avant que l’inventivité humaine n’ait mis au point les machines, qui présideront à l’industrialisation de ces techniques.
La vallée du Rhin, carrefour de nombreuses civilisations européennes, a vu naître à Mulhouse, une dynastie familiale, les Dollfus, à l’origine d’une des plus grandes et des plus pérennes réussites industrielles françaises, celle de la marque DMC.

Du 16ème au 18ème siècle, la genèse

Dès la fin du 16ème siècle, des navigateurs portugais et espagnols importèrent d’extrême orient, sur notre continent, des cotonnades aux coloris très vifs, qui rencontrèrent immédiatement auprès du public, un incroyable engouement. Sensiblement à la même époque, le port de Marseille, spécialisé dans le commerce avec l'Orient, vit apparaître des articles semblables de provenance persane et indienne. Ces articles présentaient surtout une inaltérabilité de teinture et de couleur tout à fait nouvelle. L'Inde était, à cette époque, le premier pays exportateur de coton. En France, la vogue de ces tissus put se développer, avec la création de la Compagnie des Indes Orientales en 1664. Parmi ses articles de luxe, celle-ci importait surtout des toiles peintes ou "indiennes". La haute bourgeoisie et la noblesse s'arrachaient à prix d'or les "calicots", les "patnas", les "perses" pour s'en vêtir et pour meubler leurs intérieurs. Tout naturellement, et très rapidement, se créèrent à cette époque, des manufactures destinées à concurrencer les indiennes d'origine ..

Le premier atelier verra le jour à Marseille, en 1648. Après la révocation de l’Edit de Nantes, un grand nombre de lois vexatoires,  prises à leur encontre dès 1660, excluaient les protestants de toutes les professions libérales et de beaucoup d’autres corps de métier.  Voyant dans cette industrie nouvelle une chance de prospérer, ils se lancèrent avec succès dans cette activité, qu’ils  développèrent particulièrement dans le Languedoc, le Vivarais et la Saintonge. Les fabrications européennes n'atteignirent pas, au début, la qualité des indiennes d'origine. Il s'agissait le plus souvent de fleurs blanches sur fond coloré, obtenues par teinture à la réserve. Ces pièces permirent cependant au plus grand nombre, de suivre la mode, l’achat des toiles importées restant l'apanage des nobles et des gens fortunés. Les toiles peintes ou imprimées firent, inévitablement, une forte concurrence aux industries traditionnelles, et plus particulièrement aux tissus de luxe, de laine ou de soie. Les protestations des soyeux et des lainiers devinrent de réelles revendications, à partir de 1681, lorsque plusieurs ateliers durent fermer leurs portes à Lyon.
Colbert, ministre des finances de Louis XVI,  dont le premier souci était la sauvegarde et le développement de l'économie du Royaume, aurait sans doute pu inciter le textile traditionnel français, à faire son profit de cette nouvelle industrie, mais tombé en  disgrâce, il n’en aura pas le temps et mourra en 1683.
On reprochait aux indiennes d’être la source d’exode de capitaux hors du Royaume et, circonstance aggravante, plus au profit des Anglais et des Hollandais que de ceux de notre Compagnie des Indes. Elles concurrençaient également, les manufactures traditionnelles, non seulement commercialement, mais aussi en débauchant leur main-d’œuvre.
L’embargo, sur les indiennes d’origines étrangères en 1686, eut  pour conséquence de donner à celles-ci l'attrait du fruit défendu, et de susciter une fraude organisée, qui offrira plus tard aux Mulhousiens, un débouché tout trouvé vers un nouvel essor industriel. Le gouvernement royal, devant les doléances de la Compagnie des Indes, l'autorisa à importer des indiennes "en admission temporaire »… autant dire la porte ouverte à une contrebande systématisée.
La prohibition  ne fut abolie, en France, qu'en 1759, sous l’influence de la Marquise de Pompadour.
La maison Dollfus, déjà bien implantée dans l’industrie locale, s’était spécialisée dans le commerce du drap. Mais l'industrie de l'impression sur tissus, créée au 18ème siècle à Mulhouse, devait prendre un essor considérable  et de nombreux pionniers, tels Jean-Henri Dollfus, Jacques Schmalzer et Samuel Koechlin y contribuèrent, soit comme industriels, dessinateurs ou financiers, soit comme chimistes.
En 1746, les trois hommes s’unissent et fondent une co-entreprise. Profitant de l'engouement de l'époque pour ces tissus peints, et des talents artistiques indéniables de Jean-Henri Dollfus, ils deviennent, en Europe, les précurseurs de la fabrication industrielle des imprimés indiens, peints à la main.

Associé à son frère Jean, Jean-Henri Dollfus crée Dollfus Vetter & Cie. Une solide ambition, doublée d’une vision moderne du commerce, poussent les deux frères à proposer leur production à l’internationale, bien avant la notion même de mondialisation.
Les indiennes se déclinent essentiellement dans le domaine de l’habillement féminin, la robe et les mouchoirs de tête, de cou ou d’épaules, les châles. Elles évoluent, à peu près à la même période, pour se diversifier dans la gamme de tissus d’ameublement et orner les intérieurs cossus .

Si toutes ces pièces ont en commun de présenter une richesse incroyable de motifs et de coloris, les indiennes produites en France sont directement concurrencées par les toiles imprimées à Manchester. On ne parle pas encore d’espionnage industriel, mais plus sobrement de campagnes industrielles, destinées  à tenir à l’oeil les avancées technologique et commerciale Outre Manche.
Les maisons d’impression sur étoffes, afin de protéger leurs productions, en faisaient le dépôt légal au Fond des Prud’hommes du greffe du Tribunal de Commerce.
Daniel Dollfus-Ausset, va très tôt comprendre la nécessité de conserver des traces de cette production pléthorique. Sous le couvert de la Société Industrielle de Mulhouse, il contacte les 44 plus grandes maisons d’impression de la région, afin de leur faire cette proposition pour le moins surprenante : créer, en un même lieu, un fond réunissant l’ensemble de leurs documentations de travail, les échantillons de leurs productions, leurs dessins et leurs emprunts à des influences étrangères

L’idée fait son chemin et, en 1833, le Fond Dollfus est créé, qui réunira, entre autres, 75% de la production destiné à l’habillement. DMC poursuivra son activité d’impression sur tissus et étoffes, jusqu’en 1868. Avec l’utilisation de nouvelles techniques et l’invention des machines modernes, les productions se diversifient. Georges Dolfus, sera le premier à réaliser des essais d’impression sur laine  (5) et à utiliser le pantographe, permettant l’agrandissement ou la réduction des motifs. Il est à noter, que le fond Dollfus est toujours consultable aux archives du Musée d’Impression sur Etoffes de Mulhouse, et qu’il reste le plus important, jamais collecté à ce jour.

Nous remercions Melle Cécile Dumesnil, Attachée du Patrimoine du Musée d’Impression Sur Etoffes de Mulhouse,  pour son aimable collaboration à cet article.
Les photos du Fond Dollfus, des archives du MISE, sont protégées, tous droits réservés, et interdites de reproduction.
Copyright référencé Agence Media Connect

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