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"D'un fil si fin, on tire un grand ouvrage" (Devise DMC)

Thérèse de Dillmont : la passion d'une vie

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

DMC ou 250 ans d’histoire industrielle

Le 19ème siècle ou l’entreprise phare de la révolution industrielle

Vers 1800, Daniel Dollfus, neveu de Jean-Henri, prend la direction des affaires familiales. Il épouse Anne–Marie Mieg et rattache le nom de son épouse au sien, pratique très courante à l’époque.
Il transforme l’entreprise en société anonyme et décide d’abandonner l’ancien nom, Dollfus Vetter et &, pour prendre celui de Dollfus Mieg et & : DMC
La politique napoléonienne a définitivement rompue toutes relations politiques et commerciales avec l’Angleterre. Les ports français sont interdits aux anglais et le blocus continental, maintenu entre 1806 et 1813,  va contribuer à l’essor de l’industrie textile alsacienne.
DMC va largement profiter de cette absence de concurrence étrangère, en mettant au point en 1806, le tissage mécanique, en implantant un bureau à Paris en 1808 et en construisant une filature en 1812.
En 1850, Jean Dollfus Mieg, petit-fils de Daniel, se rend en Angleterre, afin de poursuivre ses études et parfaire sa formation de chimiste.
A Leeds, où il séjourne, il découvre le mercerisage, mis au point en 1944 par le chimiste John Mercer.
Ce dernier, alors qu’il filtre de la soude caustique, au travers d’un filtre en papier, fait une étrange constatation : la fibre en papier a gonflé. Les fibres de ce filtre, en cellulose, comme le coton, ont pris un aspect brillant inhabituel. Curieux de savoir si le coton montrera les mêmes caractéristiques, Mercer, prend une mèche de coton, l’imprègne de soude et la tord. Il découvre alors, que plongées dans la soude caustique puis étirées, les fibres de coton deviennent brillantes. Elles ont une meilleure affinité tinctoriale, une plus grande résistance dynamométrique et présentent l’aspect et la qualité de la soie, au prix du coton.
Jean Dollfus Mieg voit dans le mercerisage, l’occasion de donner un nouveau souffle à l’entreprise familiale, l’impression d’indiennes ne dégageant plus les marges du début, vue la concurrence très vive que se font les imprimeurs sur étoffe mulhousiens. Le fil DMC est donc le premier du genre, et le rouge n° 117 devient très vite la référence phare de la production.
Jusqu’au milieu du 19ème siècle, DMC poursuit les deux activités, impression sur étoffes et production de fil. Mais en 1868, la maison prend le parti de céder ses actifs de la branche impression, à la société Haefely, et de ne plus se consacrer désormais, qu’à la production de fil.
Depuis sa création, la maison Dollfus, par le biais de ses dirigeants successifs, avait conçu une politique de marketing et de services offensive, notamment à l’international. Cette tendance va se renforcer avec la mise en œuvre de méthodes industrielles novatrices. Dès 1807, l’entreprise modernise sa production en installant une machine à imprimer douze couleurs. Elle implante des filiales dans le monde entier, invente les concepts de gestion des stocks, de force de vente et de logistique, préfigurant ainsi la satisfaction de la clientèle « en temps réel ». L’entreprise va continuer sans relâche, une recherche incessante dans les domaines scientifiques et techniques. Sous le règne de Charles X, elle crée, en 1826, avec de jeunes industriels mulhousiens, la Société Industrielle de Mulhouse, association de droit local, reconnue d'utilité publique le 20 avril 1832, par Ordonnance Royale. La Société Industrielle de Mulhouse se propose d’œuvrer pour l'avancement et la propagation de l'industrie. Elle vise également, la constitution  d’un lieu de recherche, d'activité et de diffusion d'ordre scientifique, économique, social, artistique et technique. Elle  s'attache également au développement de la formation professionnelle.
Le partenariat professionnel entre Jean-Henri Dollfus et Thérèse de Dillmont, auteur de l’incontournable « Encyclopédie des Ouvrages de Dames » publiée à plus de deux millions d’exemplaires et traduit dans  dix-sept langues, contribuera à promouvoir et pérenniser les centaines de références du catalogue DMC.
Entreprise industrielle pionnière, DMC l’est aussi dans le domaine social. Son implication est prépondérante dans la région. Elle crée une vaste cité de maisons ouvrières, la cité DMC, en accession à la propriété, des caisses de secours maladie, de prévoyance et de retraite, un asile de vieillards, et une société d’encouragement à l’épargne. Micro société dans la ville, la marque possède au sein de l’usine, sa caserne de pompiers, son restaurant d’entreprise, son infirmerie et son équipe médicale.


En 1870, Jean Dollfus, anciennement maire de la ville, accepte d’entrer à la commission municipale, chargée d’administrer la ville. Si l’entreprise ne fermera pas un seul jour, durant la guerre, grâce à sa détermination et à son influence, elle connaît cependant une baisse significative de son activité. Après la défaite de Sedan, en 1871, et le rattachement de l’alsace à l’Allemagne, les dirigeants de DMC prennent la décision de faire construire une usine sur le territoire de Belfort, non seulement pour  pouvoir poursuivre la production de fils et de lacets, mais aussi  pour continuer à exister sur le sol français.

L’ère moderne ou la réussite d’une entreprise pionnière

A l’aube du 20ème siècle, la première guerre mondiale va, une fois de plus, ralentir les productions  DMC. Peu avant le début de la première guerre mondiale, Dornach est incorporé à Mulhouse avec toutes ses usines, le long du Steinbächlein. DMC n’échappe pas à cette annexion.  Avec la révolution d’octobre, l’entreprise perd, en 1917, le marché russe qui était un de ses plus importants débouchés commerciaux. Mais avec l’ouverture de plus de cent comptoirs de vente dans le monde entier, l’entreprise  se développe à l’international et prend un nouvel essor. En 1928, la marque est à son apogée et emploie 9000 personnes. 


Mais après le retour à la France de l’Alsace, l'industrie mulhousienne à peine reconvertie vers les marchés français, va subir de plein fouet  les conséquences de la crise des années 30, et des pans industriels entiers s'effondrent durablement. Certains industriels ne s’en relèveront jamais. La crise a pour conséquence l’arrêt des investissements et la société  DMC connaît une période de stagnation. Avec la deuxième guerre mondiale et la menace nazie, une fois de plus coupée de la France, l’entreprise se voit contrainte, dès 1940, de travailler pour l’armement allemand. La production de fil subit un arrêt quasi complet jusqu’en 1945. Avec la guerre et le redécoupage politique de l’Europe, la marque accuse  la perte conjointe, des marchés des Balkans  et des pays de l’est.
Après de douloureux soubresauts, DMC va tout mettre en œuvre pour redresser sa production et retrouver sa place de leader sur le marché mondial. La société Thiriez & Cartier Bresson, localisée dans le nord de la France, est sa principale et plus sérieuse concurrente. Après de longues tractations, et  plutôt que de se livrer une guerre industrielle sans merci, aux retombées hasardeuses, les deux entreprises fusionnent en 1961. La nouvelle société garde le nom DMC, mondialement connu et déjà cotée en bourse, et adopte en lieu et place de son  logo (une cloche), la tête de cheval, emblème de Thiriez & Cartier Bresson. Pour l’anecdote, initialement tournée vers la gauche, la tête de cheval sera  définitivement orientée  vers la droite, en 1980. Une façon de ne plus faire référence à la fusion,  et de regarder résolument vers l’avenir.

DMC d’aujourd’hui

En 2010, DMC reste plus que jamais une entreprise phare de l’industrie français, leader sur le marché mondial. Fonctionnant à flux  tendu,  la fabrique livre ses clients  en 48 heures, et ce, partout dans le monde. Originaire du Pakistan, de l’Egypte ou du Bengladesh, le coton premium, utilisé à la fabrication du mouliné, est retordu à l’usine, selon les mêmes procédés qu’en 1850. Aujourd’hui encore, les étapes de fabrication suivent les mêmes process qu’il y a 100 ans. Blanchiment, flambage, mercerisage et teinture qui permet à l’entreprise de proposer à sa clientèle, plus de 500 références couleurs de mouliné et quelques 390 références de laine Colbert.
Les contrôles qualité,  instaurés il y a plus de cent ans,  continuent encore aujourd’hui,  à être les garants d’une excellence  jamais démentie. 

En dépit des différentes restructurations opérées depuis 1970 (380 salariés travaillent toujours sur le site et pour le bureau parisien), DMC a su profiter de l’essor des loisirs, pour relancer son activité en intégrant à partir de 1975, la branche Loisirs Créatifs. En proposant des supports,  des accessoires et des publications dédiés à l’utilisation du fil, l’entreprise a su combiner  une politique de diversification nationale et internationale.
Aujourd'hui, riche de son passé mais ouverte sur le monde, la marque DMC reste le modèle emblématique d’une réussite industrielle pérenne et jamais égalée. Elle est la seule entreprise française à avoir constitué, au fil des deux cent cinquante ans de son histoire, un témoignage patrimonial  extraordinaire sur l’art du fil et ses applications. Stockée aux archives municipales de Mulhouse, dans un état de conservation exceptionnel, la « Collection DMC »  est le témoignage de la volonté revendiquée de la famille Dollfus, de raconter aux générations futures, à travers son histoire familiale, le récit d’un savoir faire créatif, artistique et technologique inestimable.

Mélusine Tauzin

Nous remercions Mme Eliane Michelon, Directrice des Archives Municipales de Mulhouse,  pour nous avoir donné accès à la « Collection DMC », et nous avoir fait partager sa parfaite connaissance de l’histoire de la Marque.
Nous remercions également Melle Hélène Brouillard, en charge de la communauté DMC, grâce à laquelle cet article a vu le jour.
Les photos « Collection DMC » sont protégées, tous droits réservé et interdites de reproduction.

DMC Première partie

Thérèse de Dillmont : la passion d'une vie