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LE PATCHWORK : ORIGINES ET HISTOIRE


La tradition du patchwork aurait vu le jour dans l’Egypte ancienne, en 3400 avant JC. Une tente funéraire, composée de différents morceaux de tissu, fut retrouvée dans le tombeau de la reine Esi-mem-kev qui vécut environ 980 avant JC. En 1903, un cartouche en ivoire sculpté, représentant un pharaon de la première dynastie égyptienne (3400 avant JC), fut découvert. Le pharaon porte ce qui semble être un manteau matelassé. Une autre pièce est un tapis trouvé sur le plancher d'un tombeau. Les archéologues pensent, qu’il fut réalisé au cours du premier siècle avant JC. Le motif de ce tapis est singulièrement ressemblant, à des modèles de patchwork encore employés aujourd'hui. Plus tard, la Bible révèle que le manteau de Joseph fut cousu de pièces aux couleurs diverses assemblées entre elles.
Au moyen âge, les croisés découvrirent le patchwork en Asie Mineure et l’introduisirent en Europe. Ils décorèrent chabraques et caparaçons de motifs appliqués. En littérature, dans le poème du XIIIème siècle « La lei del desire », il est question d’un couvre-lit matelassé, confectionné de pièces de soie, reproduisant un damier. Et dans la « Comedia del Arte » Arlequin aussi porte un habit fait de losanges assemblés.
Le patchwork est une tradition universelle, même si les techniques, les motifs et les couleurs varient selon les pays et les continents.
Jadis, les femmes récupéraient les parties non usées d’un vêtement, d’un drap… pour confectionner d’autres pièces de leur trousseau (couverture, nappes, jupons…), les étoffes étant rares et chères.
Elles redonnaient ainsi une nouvelle vie à chaque bout de tissu, en créant des motifs de plus en plus recherchés, variant les couleurs, les valeurs, les formes et les textures. Cela permit de concilier confort, économie et esthétique. En un mot, de faire du neuf avec du vieux…
Cet art dérivé d'un artisanat vieux comme le monde remonte à la nuit des temps. En effet,  l'idée d'assembler des morceaux pour réaliser un ouvrage, date des premiers hommes, qui utilisèrent les peaux de bêtes directement pour se protéger du froid. Ces vêtements étaient lourds car pour couvrir un homme il fallait utiliser la peau, souvent épaisse, d'un grand animal. L'homme pensa alors à assembler entre elles des peaux de petits animaux. Il put ainsi avoir un vêtement moins lourd et mieux ajusté, le gênant moins dans ses mouvements.
Puis avec l'apparition du tissu, le problème de l'usure se posa rapidement. Pour limiter la quantité de tissu utilisée, les femmes rapiéçaient les vêtements usés. Par souci d'esthétique, différentes techniques locales virent le jour, et  se transmirent de génération en générations.
Pendant de nombreux siècles, les beaux tissus imprimés utilisés pour réaliser le patchwork en occident provinrent de l'Inde, seul pays à maîtriser les imprimés. A tel point que ce marché des tissus fut à la base de la création de la Compagnie des Indes, fondée par Colbert. Mais très vite l'importation des indiennes fut interdite en occident, afin de permettre le développement de l'industrie du tissu imprimé en Europe.


La naissance des techniques actuelles

Les techniques actuellement répandues viennent probablement de la réparation des couvre-lits, rapiécés au moyen d'applications mais aussi d'un travail en mosaïque. Beaucoup de vêtements en patchwork ont sans aucun doute été réalisé selon cette technique. Malheureusement ce qui nous reste de ces temps anciens ne remonte généralement pas, au-delà du milieu du XVIIIe siècle, et nous est parvenu seulement sous forme de couvre-lits. Ils présentent presque toujours un matelassage (travail où une couche de rembourrage est insérée entre deux épaisseurs et  maintenue par piquage à petits points), si bien que le mot "quilt" est devenu une sorte de synonyme de "matelassé", "piqué" ou "courtepointe". Ceci est d'autant plus vrai,  qu'il désigne aussi des couvre-lits constitués de couches matelassées de tissu uni, sans pièces rapportées.



L'évolution vers l'art du patchwork

Les couturières d'antan faisaient du patchwork par esprit d'économie, mais dès le XIXe siècle, avec la vulgarisation et le large choix de cotonnades, bon marché et jolies, il devint un passe-temps à la mode en Europe et tout particulièrement en Angleterre. Il servait également à l’ameublement, et donna  lieu à des fantaisies comme le crazy work ("ouvrage fou", fait de pièces jetées "au hasard" et assemblées par une couture décorative). Excepté un léger réveil dans les années trente, le patchwork passa de mode après la première guerre mondiale. Il connaît aujourd'hui un regain de popularité très important, et ce, à l’échelle mondiale. C'est aujourd’hui, moins par souci de réutiliser de vieux tissus, que pour le plaisir de pratiquer un passe-temps créatif pouvant donner lieu à une activité de groupe.
Au début du 19 ème siècle, le patchwork fut importé en  l'Australie par les Britanniques. Elizabeth Fry (1780 – 1845), pionnière de la réforme des prisons anglaises, milita afin que l’on vienne en aide aux prisonnières de droit commun, par le biais du travail, plutôt que par la punition. Dès lors, elle se mobilisa pour les femmes incarcérées à Londres. Instigatrice de la loi « The habit of Industry », elle appliqua les mêmes méthodes, à bord des bateaux de déportées, en partance pour Botany Bay.  Sur les navires, les femmes condamnées, divisées en groupes de douze, recevaient des morceaux d’étoffes disparates et confectionnaient des patchworks pendant la traversée. Elles pouvaient également réaliser différents travaux d’aiguille et de tricot. Les expatriées peuplant les colonies anglaises étaient, à cette époque, très friandes des patchworks et  il existait, en Nouvelle-Galles du Sud, un véritable marché pour ces ouvrages. Tous les patchworks réalisés pendant le voyage étaient vendus à l'arrivée.  Les prisonnières recevaient ainsi un peu d’argent pour leur travail, mais plus important, en travaillant pour la collectivité, elles retrouvaient une certaine dignité. 
Elizabeth Fry continua à visiter et à organiser le travail des femmes, sur les navires cinglant pour l'Australie, jusqu'en 1841.
In 1827, elle écrivait : « Désormais le patchwork occupe à plein temps, la plupart des femmes confinées à Newgate, de même que toute prisonnière embarquée pour la Nouvelle-Galles du Sud. S’il est utile de leur enseigner l'art de la couture, dans la perspective d’un possible rachat, il est inconcevable d’employer des femmes détenues, si leur travail n’est pas justement rémunéré ».


 Le renouveau aux Etats Unis

Une grande partie du renouveau du patchwork est due aux échanges artistiques avec les Etats-Unis. Là-bas, les patchworks font partie de la vie domestique et sociale depuis l'arrivée des pionniers.
En raison de la rareté des fournitures, dans une société non industrialisée, les familles conservèrent le moindre bout de chiffon amené d'Europe. Les longs hivers et le manque de distractions firent du patchwork et de sa fabrication, le moyen de passer le temps et de préserver les liens sociaux et familiaux. Le "top" du dessus de lit était assemblé pendant l'hiver et le rembourrage attendait l'été, quand on pouvait monter à l'extérieur l'encombrant métier à piquer. Une personne seule pouvait mettre des semaines à terminer un ouvrage matelassé. Mais si l‘ouvrage devenait collectif, il était réalisé en un temps record. Après quoi, une fête célébrait probablement l’ouvrage fini. La présentation d'un quilt confectionné entre amis était aussi importante qu’une fête de fiançailles.
C'est à l'époque des pionniers qu’est née l’idée  des blocs. Ceux-ci permettaient de réaliser l'ouvrage par petits morceaux. Ainsi, des petits bouts de l'ouvrage pouvaient être faits un peu partout sans prendre beaucoup de place (en particulier ils permettaient de travailler assise, dans les chariots).
Au début, les ménagères du Nouveau Monde reproduisaient uniquement les modèles provenant de leur pays d'origine et  les transmettaient à leurs descendantes. Chaque génération de filles y ajoutait quelque chose. Des centaines de motifs, porteurs d'un nom, ont ainsi évolué à force d'être recopiés. Ils furent souvent rebaptisés, pour la plus grande confusion des profanes. Certains motifs rappellent une grande date de l'histoire, des événements familiaux ou sociaux ou encore s'inspirent de la religion et des croyances paysannes.


Le retour en Europe

Aujourd'hui, semble-t-il, la boucle est bouclée. Les vénérables motifs reviennent enrichis sur le continent. Depuis la fin des années 70, un engouement, sans commune mesure, souffle sur les petites pièces découpées. Des créateurs, des stylistes textiles se consacrent désormais exclusivement à l’enrichissement de ce patrimoine intemporel, et ce, dans tous les pays de la Communauté Européenne. Des pays comme le Japon, qui jusqu’à présent, ignoraient le travail du patchwork, émergent aujourd’hui, et se positionne sur le marché mondial, comme leader du renouveau.
En 2003, une enquête a estimé à 2,7 milliards de dollars, la valeur monétaire de la totalité des patchworks américains les plus anciens, cotés en bourse ou détenus par des particuliers.  « International Quilting », le salon international, uniquement dédié aux patchworks, attire chaque année des milliers de visiteurs, tandis que fleurissent, toutes les semaines, d’innombrables expositions locales ou régionales. Des communautés actives spécialisées en cyber-quilting abondent sur le web, tandis que livres et magazines, consacrés à cet art populaire, sont publiés dans des centaines de pays, chaque année. Le patchwork est aujourd’hui reconnu comme vecteur et médium artistique légitime,  à l’égal de n’importe quelle œuvre d'art contemporaine.